Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 11:51

Libéré de tout engagement sportif(!) vis à vis de mon projet de brevet dans le massif des Aravis, j'ai retrouvé ce samedi matin les douces sensations du roulage pour le plaisir, sans contrainte d 'accumulation kilométrique, uniquement l'agrément de pouvoir tourner les jambes sans vraiment m'en rendre compte, sans but si ce n'est celui de partir pour quelques heures de découvertes humbles et toujours surprenantes. La lumière était enfin revenue et je voulais profiter de ces quelques heures de répit avant les violents orages annoncés pour la soirée. J'ai roulé au milieu d'une nature qui, grâce à ces pluies salvatrices, a tout bonnement explosé ces derniers jours. Les cultures, P1000310riches dans ce coin de Limagne (Limagrain vous devez connaître) ont modifié l'horizon lui donnant une couleur tout en variation de verts allant des plus clairs aux plus foncés. Quel plaisir de naviguer sur ces douces pentes nourricières. Mais bien vite mon goût pour l'effort me pousse à me diriger vers les hauteurs, direction la charmante petite ville d'Artonne au riche passé historique. Je pose le vélo au pied d'une fontaine pour me désaltérer avant la grimpette et me découvrir un peu. Dans son jardin un brave homme travaille son petit carré de terre. Je sais pour l'avoir appris d'un agent immobilier qu'à cet endroit sont venus s'installer des Nordistes. Je me paye alors le culot d'interpeller le jardinier pour lui demander s'il est du Nord. Il me répond par l'affirmative me précisant qu'il est de Tourcoing! La conversation s'engage donc quelques minutes et je reprend ma route en pensant à la dernière phrase qu'il m'a dite:"de toute façon des chtis, ici, y'en a partout..". Après quelques rudes pédalées je me retrouve sur les hauteurs de la ville d'où je contemple la chaîne des Puys dominant la plaine et les collines verdoyantes. Je me dirige vers le château de la Roche, imposante bâtisse moyenâgeuse devant lequel je prends le temps de méditer.P1000314 Puis je redescendrai dans la plaine, je tournerai les jambes dans la douce brise tiède de cette matinée reposante en me demandant combien nous sommes, nous les chtis, à avoir choisi ce coin de paradis pour oublier notre grisaille quotidienne, là –haut, de ces terres qui ont tant donné à l'histoire et qui, bien souvent à tort, sont trop fréquemment dénigrées.

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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 18:56

Le col de la Nugère fait partie de ces cols pas très élevés mais fastidieux à franchir. Je l'avais déjà passé en  2007, après une remise en selle trop courte qui m'avait fait poser le pied à terre plusieurs fois. Ce matin, en partant dans un frais soleil de printemps,je me demandais comment je me situais dans ma forme après ces quelques mois de pédalées épisodiques. Le franchissement de cette difficulté me donnerais sans doute la réponse. Je me suis dirigé vers Volvic, évitant de trop penser aux collègues entrain de bosser en passant devant l'usine d'embouteillage. Pour passer ce col par son versant le plus dur on a pas d'autre choix que de rouler sur la grande route menant à Pontgibaud, et ce n'est pas de tout repos. Une attention de tous les instants est nécessaire pour éviter le moindre écart qui aurait des conséquences dramatiques. A hauteur de la ville de Volvic je commence la grimpette. Le pourcentage de la montée ne laisse pas le temps à l'organisme de s'habituer à l'effort, il faut choisir le bon braquet tout de suite et attendre que ça se passe. J'écoute les scuds arriver dans mon dos et je tiens ma droite! Dans l'ensemble ça va, mais je sens le manque de quelques dents à l'arrière. Si je fais le brevet dans les Alpes dans trois semaines il me faut absolument un pignon de plus. Et ça grimpe et ça grimpe…Pendant 5ans je l'ai monté et descendu pour aller bosser ce col, et il m'a fait quelques frayeurs! Même en voiture. Aujourd'hui je pense à la source que ce Volcan protège et qui me donne du travail. Mais ce matin c'est une source de souffrance. Je sais que je suis "dans le rouge", j'ai le visage en feu, la respiration difficile, je ferai le point en haut, en attendant je mouline…Puis la pente s'adoucit, j'aborde une grande ligne droite en faux plat. Un gros bahut pointe à l'horizon et, vigilant j'observe: Gagné! une voiture débouche pour le doubler, je lève la main pour me signaler…et je me mets dans l'herbe! Allez encore un effort, il ne doit plus rester beaucoup. Après avoir pris la photo traditionnelle près du panneau, je m'examine: ça va. Aucun essoufflement, respiration revenue à la normale en moins d'une minute. Excellent! Mais l'inconvénient de ce col c'est que derrière ce n'est pas une descente d'enfer qui attend, mais une pente douce tout en toboggan qui n'en fini pas de faire les montagnes russes. Et il fait sombre, et il se met à pleuvoir, et il fait froid! Vite retour vers la plaine et la douce chaleur, mais en attendant il me reste une quarantaine de bornes à faire, ça va aller…. P1000296

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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 20:52

besseJ'ai démarré ma rando vers 10h du matin, dans la fraîcheur de la petite ville de Besse en Chandesse. D' habitude, lorsque la saison est un peu plus avancée, je démarre plus tôt, pour profiter un maximun du lever du soleil, toujours surprenant dans les paysages de montagne. Nous ne sommes pas encore fin mars et c'est déjà exceptionnel de pouvoir profiter de cette douceur pas tout à fait normale. Je me dirige vers le plateau de l'Artense, dont j'aimerais découvrir les richesses cachées, étudiées au travers des magasines feuilletés la veille. Je sais aussi que ces seuls trésors seront ceux qui ne se calculent pas, cette région d'Auvergne étant une des plus enclavée, un peu comme le plateau du Cézallier dont la découverte il y a deux ans m'a laissé de grandioses souvenirs dans lesquels j'aime me replonger souvent. Je grimpe vers le Pont de Clamouze, porte de ces nouvelles contrées à découvrir. Je ne me lasse pas d'observer le massif du Sancy, sur ma droite, encore bien enneigé, mais plus pour très longtemps. Nous sommes ici en moyenne montagne, et les neiges ne sont pas éternelles. y 002Déjà un petit arrêt pour une photo et engloutir les deux petits pains au chocolat encore tièdes, achetés ce matin à Besse. Pas de circulation. Nature et silence. La route sillonne entre lacs et vastes étendues herbeuses. Quelques sous-bois deci- delà, pour me donner quelques frissons et un air pur, loin des pics de pollution signalés aujourd'hui dans la vallée. J'arrive à proximité du Barrage de Lastioulles dont les eaux du lac reflètent un ciel bleu azur avec en fond de décor toujours ce massif à la symétrie déroutante. Il n'y a que lui. Je suis dans le Cantal, j'ai aperçu au loin les Monts du Cantal, Plomb du Cantal et Puy Mary, mais les brumes m'ont dissuadé de prendre la moindre photo. A contre cœur je reprends ma route, d'autres surprises m'attendent et d'abord celle çi: je me suis perdu. Ou presque. Je suivais bien mon parcours, mais l'absence de directions bien déterminées m'a fait improviser des initiatives un peu à l'emporte pièce. Ici il n'y a que des lieux-dits et mes vieilles cartes Michelin –toujours celles y 006de mon beau-père soit dit en passant- ne m'indiquent aucun de ces hameaux perdus au milieu de nulle part. Bruit de tracteur: sauvé! Deux bons paysans m'indiquent la route à suivre: tu suis la route toujours tout droit…Au fur et à mesure que je descends dans les profondeurs des gorges de la Rhue, le chemin se fait de plus en plus pentu, herbeux, sinueux, dangereux. Je prie pour ne pas être victime d'une maudite crevaison ou pire tomber et me fracasser la tête sur une pierre mal venue. Car je ne porte toujours pas de casque. Que voulez-vous on ne me refera pas! C'est un choix, assumé. Je traverse le lit d'une petite rivière et ne m'attarde guère, car ce lit sert aussi au déversoir du barrage dèjà lointain. Après bien des inquiétudes et doutes quant aux dires des paysans je rejoins la route  qui me mènera à Condat, petite ville dont le nom commence à évoquer pour moi mes premières vacances ici il y a trente huit ans! Ces vacances dont je parle dans les premières notes du blog que j'avais ouvert il y a 5 ans, lors de notre départ du Nord. Ces vacances qui m'ont fait découvrir ce pays que je traverse de long en large aujourd'hui. Je ne m'attarde pas dans la ville et je prends la direction de Montboudif. La pente est raide pour sortir de la ville, les deux chevrons indiqués sur la carte m'avaient interloqué hier lors de l'élaboration du circuit, mais je me souvenais vaguement de cette difficulté à cet endroit. Puis quelques kilomètres plus loin une petite route sur la gauche me conduit au Faleix de Montboudif. Pourquoi me diriger vers ce petit hameau de quelques maisons? Les raisons seraient trop longues à expliquer. Cela restera une anecdote connue de quelques personnes seulement. 20120327(123101)Je demande à une habitante de me prendre en photo devant cette petite maison où nous avons logé quelques jours, il y a quarante ans! Puis je pars vers Montboudif, là je prends une photo de la maison natale de Georges Pompidou et je me dirige vers Egliseneuse d'Entraigues, autre lieu de séjour de ces lointaines vacances. Une fois dans le bourg j'ai un peu de mal à me resituer les lieux. Le temps fait son office…Je fais une petite pause souvenirs puis me remets en selle…10 kilomètres de grimpette m'attendent pour revenir au Pont de Clamouze, à près de 1200m d'altitude. Une fois là-haut, un vent puissant de face m'empêche de profiter de la longue descente vers mon point de départ. Et dans cette soufflerie tiède, tournant à plein régime des jambes un peu douloureuses, je laisse le lac Pavin sur ma droite, je connais ses légendes et son décor par cœur, je laisse le Sancy maintenant sur ma gauche, je connais ses pentes par cœur, combien de fois les ai-je gravies, et je pense à ces nouvelles découvertes de cet après-midi enrichissant, pensant à ces quarante années qui séparent l'adolescent pressé de quitter ce coin perdu pour retrouver sa copine nordiste et l'homme sans doute moins pressé de quitter ce coin devenu paradis. 

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Mercredi 7 mars 2012 3 07 /03 /Mars /2012 10:42

Il est aux environs de 13h, j’arrive au sommet du « PUERTO DE LA BONAÏGA ». Un nom de col qui chante comme un claquement de castagnettes ! Nous sommes à 2072m d’altitude et l’Espagne n’a pas ici l’image qu’on lui prête d’habitude….d’ailleurs une bonne paella serait la bienvenue après cette grimpette  éprouvante. Mais je me contenterai du plateau repas bien garni, et de ma demie bouteille d’eau minérale. Voilà donc 10h que je suis debout pour réaliser ce brevet montagnard préparé depuis de longue date. La journée n’est pas prête de se terminer et je sais que je dois prendre mon mal en patience. Si je respecte  MA feuille de route, mon périple se terminera vers 21h…bien après d’autres cyclos et …cyclotes !

Je suis donc debout à 3h, ce matin du 31 juillet 2005, et bien que la température ambiante soit douce, je ressens quelques petits frissons de nervosité pendant que je m’habille. Je pense à tous ces petits ennuis qui pourraient faire de cette belle journée une véritable galère.

A 4h , après le petit-dèj entre cyclos et les vérifications d’usage, utiles à notre sécurité, je m’élance dans l’obscurité, suivant tant bien que mal toutes les petites lucioles rouges qui s’éloignent de plus en plus devant moi et qui finiront par disparaître dès la première difficulté.

Me voilà seul. Inquiet.

Première soif et premier constat : il n’est pas simple de remettre son bidon en place dans une telle obscurité. Ca je n’y avais pas pensé. L’année dernière le brevet avait eu lieu à la mi-juin et le jour s’était vite levé.

Aujourd’hui j’ai bien du mal à suivre la ligne blanche continue.

Bien vite nous approchons du début du col de La Clin qui mène au col de Menté. On doit être en pleine pente  car je me rends compte que je suis sur le petit plateau et qu’il ne  me reste déjà plus que un ou deux pignons de secours ! Nous sommes entrés dans le « Pays de l’Ours » et les quelques plaisanteries du petit-dèj ne me font plus du tout rire…( L'Ourse est en fait une petite rivière qui se jette dans la Garonne )Dans cette obscurité tous les bruits sont suspects ! Par moment un cyclo parti un peu plus tard me double et l’un d’eux me fait remarquer que ma lanterne arrière ne fonctionne pas. Une petite tape sur l’engin de malheur et ç’est reparti ! L’air se rafraîchit et le vent commence à se lever .Il est aux environs de 6h30, l’obscurité se dissipe peu à peu mais l’humidité commence  à peser au fur et à mesure que les nuages s’épaississent. A l’intersection du col de La Clin qui mène au col de Menté, je lève ma roue avant afin d’éclairer le panneau indicateur pour ne pas redescendre au lieu de grimper. Voilà enfin le jour qui se lève et je peux observer sur le macadam ruisselant le nom de tous ces héros qui nous font vibrer dans notre fauteuil avec notre bonne bière fraîche,tout au long du mois de juillet.

Il pleut carrément. Un couple de cyclos me double et le monsieur me demande( !) où est le col de La Clin ! J’entends les cloches de vaches que je n’arrive pas à situer. Les nuages sont trop épais. Il est 7h30 lorsque j’arrive au sommet et il fait froid. Pas de café mais je me ravitaille abondamment. Les organisateurs nous préviennent que la descente est dangereuse.

J'apprendrai plus tard que c’est dans cette descente que Louis Occana, célèbre coureur des 70's a chuté.

Je me souviens en effet de ces images terribles à la télévision. Après coup ça fait froid dans le dos. Cette portion de dénivelé est pénible, la chaussée est mal entretenue et le froid engourdit les articulations…Dans la vallée j’aurai du mal à me réchauffer car la pluie ne cessera qu’au passage de la frontière espagnole. La route est plane jusque Bossot, lieu d’hébergement des cyclos partis la veille et qui font le brevet en deux jours. Petit à petit la route s’élève. Je passe devant la route du col du Portillon qui me ramènera en France dans quelques heures mais avant il y a près de quarante kilomètres pour arriver au PORT DE LA BONAÏGA, Port étant le nom en ancien français de ce qu’on appelle aujourd’hui un col. Rien à voir avec AMSTERDAM et ses plaines interminables ! Au sommet il fait frais, vu l’altitude, mais un bon soleil nous réchauffe durant le repas. D’une oreille discrète, j’entends les organisateurs annoncer qu’il reste 30 plateaux repas, et d’une rapide opération je calcule le pourcentage de cyclos qui ne passeront pas par ici, puisque je suis quasiment le dernier à monter…cela rassure mon orgueil. Je ne m’attarde pas, les plus rapides peuvent profiter du panorama un peu plus longtemps, ils me rattraperont.

Durant l'ascension de cette difficulté, beaucoup de choses me sont venues à l'esprit. N'ai-je pas eu les yeux plus grands que les jambes? Faire demi-tour serait si facile, revenir à St Gaudens par la vallée est une solution envisageable, mais alors tous ces kilomètres d'entraînement pour rien…suis-je vraiment fait pour la grimpette?…Et voir tous ces cyclos descendre n'arrange rien au moral.  Quelle désillusion lors de la descente! Encore une leçon de montagne, à savoir : le vent souffle toujours de la vallée vers le sommet, résultat: grand plateau et 25 km/h maxi sur les pentes à 9% pour revenir à Bossot. Quelle désillusion! Encore beaucoup d’énergie à dépenser. Plusieurs groupes me doublent et me disent de profiter du peloton, mais ils filent trop vite et je décline l'invitation…La camionnette de ravitaillement me double, s'arrête à ma hauteur, une tête passe et me suggère: "ne fait pas le Portillon…." Affront suprême qui décuple mes forces..! Et j'y arrive au Portillon," à nous deux!"

Pour revenir à cette anecdote de la camionnette de ravito, je dois souligner le sérieux avec lequel les organisateurs assurent le suivi de ce brevet. Depuis 4h du matin, un motard fait l'aller et retour entre les premiers partants et le groupeto dont je suis l'emblème et bien souvent une voiture s'assure qu'aucun problème ne vient perturber le déroulement du brevet. Rien à dire là –dessus. Si ce n'est le petit café qui manquait au col de Menté…

Le Portillon.

Me voici donc au pied de ce col aux dégâts mémorables, qui n'est pas très long (9km tout de même!) mais dont le pourcentage de 9% de moyenne ne laisse aucun répit. En haut je basculerai en France. L'ascension commence et à peine 2 km plus loin un cyclo malchanceux répare sa chaîne avec l'aide de sa compagne: dérailleur cassé, on ne les reverra plus…ça me rappelle un certain  " Mont Malgré Tout", (Même problème pour un ami dans l'ascension de ce lieu-dit situé dans les ARDENNES..)

Les cyclos qui ont eu l'occasion de se promener dans les cols pyrénéens ,ont sans doute remarqué ces petits poteaux plantés tous les kilomètres, indiquant le pourcentage et la distance parcourue de la pente. Bien utiles ces poteaux! Après les trois premiers on commence à connaître la valeur de ce que représente 500m…puis après le quatrième on apprend à connaître la valeur de l' hectomètre…enfin au huitième on se dit qu'ils ont dû oublier de planter les deux derniers, mais à la vue du neuvième on se dit qu'on est vraiment mauvaise langue et que la DDE fait bien son boulot…malheureusement!  On est 4 au sommet dont le couple qui cherchait le col de la Clin ce matin et dont l'épouse vient de me dépasser alors que j'avais mis pied à terre (pour la troisième fois) en me rassurant: "ça y est, on est au bout!" Alors suite à cet effort que je crois être le dernier "sérieux", je me paye une descente d'enfer car il est 16h10 et j'ai prévu sur ma feuille de route 16h30 à Banières de Luchon. D'ailleurs, en pleine descente, sur des dénivelés impressionnants, le portable sonne, Fabienne profite du fait que le réseau est revenu pour m'appeler…Trop dangereux pour répondre, ma cocotte, je préfère tenir les miennes  avec toute la force qu'il me reste… Il est 16h30, j'arrive à Bannières, je suis dans MES temps!

Nous ne sommes plus beaucoup sur le parcours, 4 ou 5 tout au plus, bientôt je serai le dernier du groupeto. Une longue partie de vallée tout en descente douce me permet une bonne décontraction et je récupère bien. Je sais qu'il reste deux cols, mais ne les ayant pas localisé sur la carte je me dis qu'ils ne doivent pas avoir d'importance majeure….Et au détour d'une petite route, bien caché derrière les sapins…coucou me voilà! Col de Mortis, col pastoral qu'ils appellent ça…pour mener les vaches au près….la route qui ne fait pas deux mètres de large, traversée tous les dix mètres d'une sorte de caniveau bien large et profond pour laisser l'eau des prairies descendre à la rivière en cas de fortes pluies. Maudits caniveaux! Je ne les ai pas compté mais il y en avait!  Sur 10 bornes faites le compte…Je pense au cyclo que j'ai laissé en bas, qui souffrait d'une fringale et qui préférait reprendre des forces…

A quelques lacets de l'arrivée, contrôle inopiné! Comme prévu. Le motard de ce matin pointe le carton en me félicitant et m'encourageant. J'attaque le dernier lacet et ultime surprise: je vois se profiler doucement derrière le sommet de la côte la jolie tête rousse d'une vache se promenant paisiblement sur la route…puis deux…puis trois…Se tenant en file indienne elles me regardent venir vers elles et s'immobilisent. Je passe doucement à leur côté et dès que je passe la dernière, elles reprennent leur paisible promenade. Et voilà, encore un! Reste un…mais celui là ne compte pas, je fais confiance à la parole du motard qui a bien remarqué qu'il "ne m'en fallait plus".

Je déboule vers la vallée, sans oublier de grimper à Saint Bertrand de Comminges, étape de ces fameux "chemins de Compostelle". Là le dernier ravitaillement range doucement les victuailles en attendant l'ultime cyclo qui ne devrait pas tarder. Reprenant la route, je n'attends qu'une chose : voir la pancarte ST Gaudens avant la tombée de la nuit…Le dernier col sera passé sans qu'on s'en aperçoive, comme promis, et , à une bonne allure je rentre à la permanence…La nuit tombe, les organisateurs sont toujours à leur poste, je fais pointer, il est 21h30, pil poil! Il est important de se connaître bien. C'est au moins ce que l'expérience apporte.

De retour au camping, Fabienne m'accueille comme à son habitude, d'un silence compatissant qui en dit long…Elle me laisse raconter….évacuer.

Durant ce périple, pour la première fois, j'ai ressenti le sentiment d'abandon, de découragement, mais jamais d' écoeurement. L'abandon aurait été vécu comme une fatalité, non comme un échec. Le courage se cherche et se trouve au plus profond de nous. Mais le sentiment de plaisir était présent à l'arrivée, ce qui me poussera  à préparer le prochain brevet, dans les Alpes, les Vosges ou le Jura.

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Lundi 27 février 2012 1 27 /02 /Fév /2012 07:20

tarn 22006, année de transition pour nous, mais nous ne le savons pas encore. Pour le moment nous commençons des vacances bien méritées, la petite caravane plantée sur un terrain de camping situé sur l'ancienne route de Millau, aux portes des gorges du Tarn. Il fait très beau ce matin, les vélos sont nickels, prêts à partir. Nous démarrons d' Agueussac vers 9h en direction de Sainte Enimie par la route des gorges. Une cinquantaine de bornes en légère montée, et nous roulons doucement, Fab n'ayant pas ou peu roulé de la saison. Mais cela ne m'inquiète pas, si râleur il y a dans notre couple de cycloteurs, c'est bien moi.

Vacances cévennes 2006 (93)Dès les premiers kilomètres j'en prends plein la vue.( je parle à la première personne, ne connaissant pas les sentiments de ma compagne). Le site est bien à la hauteur des bouquins parcourus sur le sujet, et ce sera ainsi durant toute la randonnées. La lumière est extraordinaire, noyant dans ses effets les couleurs rocailleuses et verdoyantes des parois entre lesquelles coule, parfois paisible parfois sauvage, la rivière sombre. L'absence de circulation à cette heure nous laisse tout le loisir de contempler le spectacle. Il n'en sera pas de même au retour. Sur notre droite se succèdent, de l'autre côte du ravin creusé par le travail titanesque du cours d'eau, de petits villages perchés à même la falaise, plus insolites les uns que les autres. Nous passons au pied du château de la Caze, magnifique demeure dont je voudrais bien connaître le prix d'une nuitée. Vacances cévennes 2006 (92)Et ce sera ainsi durant plusieurs heures, et quelques chose commence à germer dans mon esprit, une petite bête s'insinue, ma gorge se noue , une décision est entrain de se prendre, une marche arrière devient difficile. On ne peut rien au travail de l'esprit. Rien. Pourtant un petit clic clic clic m'interpelle à chaque tour de pédale, je sais ce que c'est mais je ne dis rien, ne pas inquiéter, ne pas gâcher cette journée. Il est aux environ de midi lorsque nous arrivons à St Enimie, les terrasses se remplissent. Nous avalons un sandwich/coca sous une chaleur qui se fait de plus en plus lourde. Pour le retour j'ai prévu de revenir par les hauteurs en franchissant un petit col et retomber sur la route des gorges. Mais sur les premières pentes de la montée ce que je craignais se concrétise: Vacances cévennes 2006 (96)rupture de chaîne! Nous redévallons le kilomètre parcouru vers St Enimie et j'essaye de trouver de quoi réparer. Je n'aurai qu'une pince multiprise pour me dépatouiller mais qu'importe, à l'usine on m'appelait "Mac Gyver"(!) et je ne fais qu'une bouchée de ce maillon de chaîne. Pas question de prendre le risque de repartir vers les hauteurs, nous revenons par la route des gorges et peu de temps après, un violent et subit orage nous plonge dans la quasi obscurité: incroyable. Je souris à l'idée que nous devrions être là-haut sur les crêtes, exposés à bien des dangers. Un maillon de chaîne peut sauver des fois bien des situations. Nous nous abritons le temps que dure le cataclysme puis reprenons notre route sous un chaud soleil qui nous sèche en très peu de temps. Les touristes sont là, il y a trop de monde maintenant il est temps de rentrer et c'est sur un rythme un peu plus soutenu que nous rejoignons le camping, et moi dans ma tête je sais que quelque chose a changé: notre vie va changer. Un mois plus tard nous décidons de quitter le Nord pour l'Auvergne. Dans un premier temps. Les décisions de l'esprit, surtout à vélo, ne se discutent pas.Vacances cévennes 2006 (100)

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Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 10:38

cezallier 3Demain, au petit matin, je partirai pour la troisième fois vers le Cézallier pour compléter la découverte de ce vaste plateau qui m’a charmé pour ce qu’il a de mystérieux et d’envoûtant. J'approcherai les hauts sommets du Cantal. Pédalant seul au milieu de ces vastes étendues de verdure, j’essaierai une fois encore de retenir ces instants précieux qui resteront en moi, comme le sont restées toutes ces escapades réalisées au fil des années. J’en aurais à raconter, mais, mis à part les connaisseurs en la matière, qui cela intéresserait-il ? Pourtant j’essaie, d’une certaine manière de faire partager ces instants uniques, sans pour cela rentrer dans des détails qui, bien que nécessaires, pourraient me faire sortir de mon sujet. Car ce n’est pas de la réalisation classique d’une rando dont je veux parler au travers de ces comptes rendus, mais de cette recherche d’absolu qui m’a toujours poussé à aller voir plus loin, plus haut, plus «autre-chose».  De toutes ces pensées qui me traversent l'esprit quand je me laisse aller au tempo mécanique et régulier du pédalier. Alors comme toutes les veilles de départ, l’inquiétude de l’inconnu s’insinue doucement en moi, faisant naître toutes ces sensations de défense intérieure sans lesquelles aucune aventure ne serait menée à son terme dans de bonnes conditions. La nuit sera courte. Tant mieux…

Et c’est déjà un lendemain de rando. Seul dans la maison silencieuse, j’essaie de reprendre les forces laissées sur le bitume. Il me faudra un ou deux jours pour évacuer les souvenirs de ces petites routes de montagnes, tortueuses, caillouteuses, parfois vicieuses. Devant mes yeux défilent tous les kilomètres avalés tranquillement, tous les arrêts pour vérifier ma route, les souffrances dans des cols méconnus  pourtant réserve insoupçonnable de richesses naturelles. DSCF3926Je revois ce rapace dans le ciel planant au-dessus d’une vallée majestueuse, dans un ciel bleu azur. Je m’étonne encore de la découverte du Lac du Pêcher, DSCF3906au détour d’une forêt fraîche et odorante dans ce petit matin à peine levé. Je souris à ce sursaut de conscience, lorsque, sans doute en pleine euphorie, je me revois douter de cette pente que je descendais à pleine allure, alors que je venais de laisser sur ma droite la route à suivre, qu’ils sont durs à accepter ces moments de renoncement, ces brusques retours en arrière, ces pénibles sentiments de respect pour soi-même lorsqu’il faut retrouver sa route, la Vraie. Ne jamais la quitter. Gravée dans notre esprit, elle doit nous conduire là où nous l’avons décidé, qu’importent les souffrances. DSCF3917Oui, «  la vie ne se résume pas à ce qu’elle est, mais à ce à quoi on peut renoncer », c’est pas Sonia qui me dira le contraire. J’aurais pu continuer cette descente et arriver à mon but plus tôt que prévu, laissant deux cols derrière moi, une jolie fontaine d’eau fraîche, et un panorama sur le puy Mary . Renoncer à la facilité. Et rechercher ma route. Voilà un beau souvenir de cette rando. Pour les beaux jours qui restent, ce sera du plat…en attendant la saison prochaine.

En guise de conclusion:

En trois boucles d'égale distance j'ai visité une région d'Auvergne que sans doute peu de visiteurs connaissent. J'y ai bien découvert ce que je cherchais, à savoir cette lumière éclatante, ces vastes étendues de prairie dont on voudrait presque y passer le reste d'une vie tant le calme et l'immensité appellent l'absolue vérité. J'y ai ressenti l'isolement, perçu le doute. Et pourtant…tout cela n'est qu'à deux pas de chez nous. Quelle frustration de savoir que le temps nous est compté et que la connaissance de tant de paysages est tributaire d'une vie vouée au travail et à nos habitudes matérialistes. Une micro partie du monde, voilà ce que j'ai découvert. Et j'en suis conscient. Mais, comme dirait Souchon, "c'est déjà ça"…

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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 15:36

COL CEZALLIER 2Depuis hier, je sens petit à petit la nervosité et l’impatience prendre du terrain. Je suis déjà là-haut, sur ces petites routes perdues de montagne, noyé dans mes pensées vagabondes. Je commence à penser à ce qu’il ne faut pas négliger, oublier, et, nerveusement, un peu angoissé par ce qui m’attend, je visite plusieurs fois par jour la météo de la région, craignant un changement soudain de conditions météorologiques. Nous avons eu tant de mauvaises surprises ces derniers temps que cela en devient un réflexe dont on a bien du mal à se passer. Comme si nous pouvions changer les choses ! Samedi devrait donc être une belle journée, pas trop chaude en altitude, avec un peu de vent de Nord qu’il faut prendre en considération. Je suis donc déjà en pleine préparation psychologique ce qui ne me déplait pas et un changement de programme me mettrait dans une humeur exécrable. En attendant faut aller au boulot, un petit sourire au lèvre, la mine réjouie par ce projet, plein de courage. C’est peut-être là que se trouvent les sources du bonheur.

La bulle s’est refermée. Je vis cette soirée en sens unique. Pas de retour possible. Tout est prêt, pensé, étudié. J’ai été chez le coiffeur, je serai moins lourd dans les côtes…non, je rigole, mais j ‘ai été chez le coiffeur quand même. Troisième repas avec des pâtes, sucres lents obligent. Et comme d’habitude une légère anxiété me tenaille. Là haut, il y aura des endroits où je n’aurai pas le choix. Avancer. Parler seul, chantonner sans ne gêner personne…Rire devant le regard sans expression des vaches Salers.b rando du (6) Observer les ruines de vieux châteaux, et imaginer la vie de leur habitants, essayer d’entrevoir les fées, les Fades. Lever les yeux dans un ciel bleu azur et regarder les rapaces planer au-dessus des sommets inconnus de nos anciens instituteurs. Se dire qu’il aura fallut attendre plus de quarante ans pour découvrir ce que l’on nous a toujours caché. Que la bataille de Gergovie n’a pas eu lieu sur le plateau du même nom, par exemple. Qu’ à cause de cela j’ai peut-être eu une retenue de récré, ou 100 fois à copier « je dois apprendre mes leçons  et nanani et nanana… ». Mais je me disperse. J’ai simplement l’impression de prendre une revanche sur l’enfance et demain je pars en vélo…Ouais !

Lendemain

Je n’oserai pas dire que cela a été une promenade de santé. Même si sur le fond mon organisme en est sorti plus fort, mieux préparé pour les futures escapades. Il n’est pas facile de grimper au paradis, les chemins qui y mènent sont parfois difficiles à parcourir. On a beau se préparer au voyage, l’inconnu et les surprises, bonnes ou mauvaises, forgent notre volonté d’apprendre. Ainsi ce Samedi, en démarrant vers 6h30 de la petite ville de Blesle encore toute endormie au pied de ses falaises, j’étais sans doute un peu trop pressé de suivre cette route vers les hauteurs, quand, trois kilomètres après ce départ précipité, je me suis aperçu que j’avais oublié ma pompe dans la voiture. Faut savoir accepter de faire demi-tour, et c’est rageusement que j’allai rechercher ce petit ustensile si précieux en cas de malheur. b rando du (10)Puis j’ai repris ma route, grimpant tranquillement vers les sommets, accompagné du doux chant des torrents descendant de ces hauteurs fraîches et ensoleillées. Dans l’ensemble cette sortie s’est bien déroulée, mais quelques accidents de relief non signalés sur la carte ont freiné mes ardeurs juvéniles. J’ai donc visité une autre partie de ce grand plateaux du Cézallier et dans ces grands espaces, j’ai pu apprécier l’importance d’une bonne préparation cartographique. Car pas question de se tromper de route sur ces vastes étendues. Un mauvais chemin qui vous fait dévaler 5 ou 6 km pour aboutir n’importe où et c’est bien vite le découragement qui vous envahit, vous privant de toute envie de refaire surface. « Tu as le temps de réfléchir quand tu roules ? » me demandait un copain hier soir. Ben oui, pour un cyclotouriste la carte remplace les flèches au sol, les pancartes, les commissaires de route. Et heureusement que l’on réfléchit…Hier je dois reconnaître que j’aurais aimé avoir une compagnie dans certains passages difficiles, car le doute, toujours lui, est un sentiment, je dirai, bizarre. Il est contraignant lorsque, au bord de l’abattement, on voudrait que tout s’arrête. Il est salvateur à la croisée des chemins quand, incertain, on sort la carte pour vérifier notre savoir. Oui il faut réfléchir dans ce genre d’exercice, mais pas seulement, il faut écouter les chuchotements de la nature, ce cri d’animal tout au fond de la vallée ou sur le sommet de la montagne, ce bruit de moteur lointain qui nous rassure sur la présence d’une civilisation proche, ces frémissements de l’air qui annoncent les changements de direction du vent, et ces bruits de mécanique sur laquelle on est assis depuis plusieurs heures. Il faut voir aussi, étudier la pente devant nous, les distances qui nous séparent des prochaines difficultés, voir les ombres changer sur le flanc des collines qui nous entourent, les détails de cette vie qui grouille dans les contrées traversées lorsque nous ne sommes pas là. Et sentir. Que cet « inutile » vaut la peine d’être vécu…b rando du (9)

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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 18:27

cols de la chaumoune et pirre plantéeJe pars demain au petit matin pour une rando à travers le plateau du Cézallier. Je ne connais pas ce coin d’Auvergne, situé au sud-ouest d’Issoire, mais les différents articles que j’ai pu lire parlent de grands espaces, de profond sentiment de solitude, de lumière exceptionnelle…Je me suis préparé toute la journée, psychologiquement et matériellement. Quand je pars ainsi pour la journée, il ne faut rien me demander, je suis indisponible. Bref je suis dedans à fond. Dehors la soirée s’écoule sous une douceur qui annonce une chaude journée pour  demain. Je vais naviguer entre 800 et 1200m, j’en souffrirai donc que relativement peu. Malgré le jour encore bien présent, je me suis déjà isolé pour ne pas sortir de cet état dans lequel je baigne depuis hier soir. Une aventure ne s’improvise jamais tout à fait. Le vélo est déjà couché dans la voiture. Bonne nuit.

2h30.Fin de ma nuit. Je m’en doutais bien un peu. J’attends 3h30, faut pas pousser. Puis je me lève, il fait doux dans la maison, le chien me suit des yeux, pressentant l’événement pas ordinaire. Il paraît que c’est notre peau qui diffuse ces signaux. Je prends un copieux petit’dej dans le silence à peine troublé par les soupirs résignés du chien. Sentant ma tête un peu lourde du  stress provoqué par ce réveil inaccoutumé, j’avale une demi aspirine, ça peut pas faire de mal. Dehors la douceur est exceptionnelle pour l’altitude, j’aperçois la masse fantomatique du Puy de Paugnat, seul témoin à cette heure de ces mouvements nocturnes, et relevant la tête, je plonge mon regard dans ce ciel étoilé aux milliards d’autres présences dont deux doivent s’amuser de voir leur père si pressé de redevenir un enfant. On n’est jamais vraiment seul quand on choisit sa nuit. Je rentre et monte me raser, sans faire de bruit. Je veux partir propre. Je tiens cette habitude d’une scène du film « Le salaire de la peur », lorsqu ‘un des acteurs se rase dans la cabine du camion, suivant les conseils de son père, qui lui suggérait de toujours se présenter propre devant l’Eternel. Puis le camion explose. A 4h30 je quitte Paugnat. Sur les hauteurs de Clermont je m’émerveille une nouvelle fois de cette plaine embrasée, comme une mer de diamants, les uns plus étincelants que les autres. Je passe devant mon lieu de travail, il est 5h, les gars ont fini leur nuit, ils vont pouvoir aller se reposer d’un lourd sommeil mérité. Puis je prends l’autoroute vers le Sud. Sur ma droite l’horizon commence à rougir, le long ruban défile dans la pénombre, au son de quelques mélodies de jazz. Je perds le contact, je change de station, ils sont déjà entrain de parler des malheurs de notre planète, je ferme aussitôt. Je ne laisserai personne gâcher ma journée. Vers 6h j’arrive à destination, à St Floret, petit village classé au bord de la Couze Pavin. C’est ici que Fab venait passer ses vacances lorsqu’elle était enfant. Je me prépare, avale une banane et un demi litre d’eau, repère le chemin à prendre, et par sécurité, demande à un pêcheur si je prends bien la bonne direction, il confirme, restant un moment étonné devant moi, se demandant pourquoi je pars de si bonne heure vers ces hauts plateaux. Le jour peut se lever, l’aventure commence… Les premiers kilomètres sont difficiles, tout en côtes très raides, je dois m’arrêter à chaque intersection pour regarder la carte et, de ce fait, couper mon effort. Je vais grimper ainsi durant quinze kilomètres, sans échauffement préalable, et la banane est déjà dans mes chaussettes. Bien vu l’artiste. Sur les premières hauteurs, c’est un panorama sur le Sancy qui m’accueille et je prends le temps d’apprécier. DSCF3624Et je reprends la route, continuant à grimper vers ces plateaux, aux « lumières exceptionnelles ». Quelques bonnes suées plus tard et plusieurs photos, je me laisse dévaler dans la vallée de Rentières, vers Ardes sur Couze. Cette rivière  va m’accompagner un bon bout de chemin.  Je ne visite pas la ville, sachant qu’il me faut regrimper vers ces plateaux « aux vastes étendues désertiques ». Et je pédale, et je pédale, dans la douce mélodie de la rivière, dont le son commence petit à petit à diminuer au fur et a mesure que je prends de la hauteur. Je bifurque à gauche en direction de mon premier col, le col de la Pierre Plantée que j’atteindrai dix kilomètres plus loin. Je redescends par la même route et reprends la direction du Cézallier. Je pédale, je pédale, sur une route encaissée dans une gorge aux pentes rocailleuses. Pas une habitation, le silence et les virages qui se succèdent sans surprise aucune. Enfin, la végétation s’éclaircit de plus en plus, signe que mon chemin de croix se termine. Ce doit être ainsi quand on arrive au paradis, il n’y a que de la place pour vous. Plus un arbre, je passe le dernier hameau, l’air est plus frais, je croise un troupeau de vaches, dont un bon vieux taureau ferme la marche, même pas peur ! Et j’arrive dans cette solitude tant attendue, après 20 bornes de grimpette patiente tout étonné de voir la pancarte m'indiquant du col de la Volpilère que je n'avais pas situé sur mon parcours. Je roule une heure sur ce plateau au milieu d’une nature encore intacte, dans une lumière tout en contraste, dans une solitude incontrôlable. On agit pas comme on veut sur les éléments. A la Godivelle, charmant petit village situé entre deux curiosités,DSCF3645 le Lac d'en-haut et le Lac d'en-bas, je prends un café réchauffé sur le bord du poêle, et après avoir franchi mon troisième col celui de la Chaumoune, je me laisse descendre vers mon point de départ de ce matin. Je m’amuse comme un gamin, virant, freinant, sautant les bosses, chantonnant des mélodies à la Supertramp, le vent dans les cheveux, sans casque, faut pas m’énerver avec ça, vive la liberté ! En repensant au « salaire de la peur », et ne voulant pas finir comme Montand, je traverse les Gorges de Courgoul, en pédalant allègrement pour oublier mon mal de fesse, ce vélo ne vaut pas ma vieille randonneuse, et j’arrive à St Floret vers 13h. une petite fille s’amuse sur le pont de pierre, et je pense à Fab. Je rentre . 

Le lundi matin, les idées restées là-haut, j’ai pris le chemin du boulot, sans conviction. Ca a commencé fort, une centaine de mètres après avoir quitté la maison. Bon père de famille, avec ses deux mômes à l’arrière, m’a doublé en trombe dans un virage. Puis je l’ai suivi pendant trois kilomètres, écœuré. Bon père de famille ne saura jamais. Samedi, dans mon paradis vert, j’ai croisé cinq voitures en sept heures. Un troupeau de vaches, deux cyclistes et des oiseaux…Et un taureau qui faisait attention à sa famille, lui. DSCF3637

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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 08:53

Je n'ai pas trop le choix: si je veux réaliser mon troisième brevet cycloteur montagnard dans les Alpes cette année il faut que commence à aligner les kilomètres. Je n'ai plus fait ce genre de préparation depuis 2005, date à laquelle j'étais parti dans les Pyrénées pour à la fois effectuer le brevet et participer à la semaine fédérale d'Oloron St Marie.M4110056 Ce sont les derniers en date grands souvenirs de vélo qu'il me reste. Ensuite la vie a changé, je devais faire les Aravis en 2006, mais un mois avant, une malencontreuse chute de vélo, et à l'arrêt SVP(!) mis fin au projet et au rêve d'un de mes copains devant réaliser l'épreuve avec moi et pour qui c'était la première aventure…Pour cette préparation donc je vais me baser sur l'année 2005, montant tout en puissance mais ne m'abrutissant pas non plus de kilomètres superflus. Certains disent qu'il faut 3000km. Pour ma part je n'en ai jamais fait plus de 2000 avant épreuve et tout s'est toujours bien déroulé. Et puis ici j'ai assez de "matière" pour travailler! Des bonnes grimpettes et des cols y'en a en veux-tu en voilà, preuve en est la quantité que j'ai passée en 4 ans , plus qu'en 20 ans lorsque nous résidions dans le Nord. Je vais donc profiter de chaque éclaircie, je me suis déjà attelé à la préparation du vélo, le dossier est prêt à être envoyé reste l'inconnu: la disponibilité. Mais avant il me faut encore prendre ma licence à la fédé. Et penser à ce nouveau paramètre: j'ai 7 ans de plus. Alors? En 1 ou 2 jours le brevet?

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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 17:11

Un matin, j’ai tué. Je conduisais, tranquille, sur les petites routes me menant à mon point de départ pour la randonnée préparée la veille. Un peu perturbé par les quelques gouttes de pluie qui s’écrasaient sur le pare-brise, je jetais un coup d’œil de temps à autre dans le rétro intérieur pour vérifier si le vélo ne bougeait pas sur son support, à l’arrière de la voiture. Je m’inquiétais également du passage nuageux qui n’était pas prévu au programme, en espérant que ces nuages d’altitude laissent vite  place à un franc beau temps. Mais je restais vigilant, me méfiant des imprudences routières des conducteurs que nous croisons dans cette région. Et je n’ai rien vu venir. Les deux oiseaux ont pris leur envol à une dizaine de mètres devant moi, surgissant d’un fossé, côté droit. L’un est passé, l’autre a frappé le capot, roulé sur la tôle humide jusqu’au pare-brise, puis, inerte, est tombé sur la route. La main sur la bouche, étouffant mes jurons, je n’ai pu que constater la chose sans quitter la route des yeux, l’esprit vide. Tout chamboulé, je suis arrivé à destination, il ne pleuvait plus, le ciel s’éclaircissait. J’ai pensé à cet oiseau resté seul, se demandant où était passé son compagnon. J’ai grimpé sur la bécane, et je me suis mis en route, sans motivation. Puis les premières brumes de la Sioule m’ont ramené à la réalité, à la Vie.  A cette heure, pas une voiture, pas un passant, que la nature et moi. J’ai longé la rivière un bon moment, m’enivrant de ces bruits vierges et purs, parfois inquiétants. C’est alors qu’à ma droite, s’élançant d’une branche d’un arbre bordant la route, un épervier s’est mis à m’accompagner durant quelques secondes, à hauteur d’épaule, juste à un mètre, puis il m’a doublé, a traversé la route puis est allé se poser, me regardant continuer ma route, médusé que j'étais. Il m’avait rassuré sur le destin de ce petit oiseau, laissé sur la route humide. Peut-être qu’il voulait me chuchoter à l’oreille, un message de réconfort…Quelques minutes plus tard, surgissant du fossé, deux oiseaux au plumage gris et bleu, sont passés devant moi, comme pour me confirmer un pardon espéré depuis l’incident du matin. C’est l’esprit tranquille que j’ai continué ma route, seul dans une brume me dévoilant petit à petit la beauté de ces gorges qui me menaient tout droit au paradis. DSCF2373

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